Polygone Riviera : symbole d’un mouvement sociétal et culturel

« Tous les musées deviendront des grands magasins et tous les grands magasins deviendront des musées », s’était exprimé Andy Warhol en 1975, dans son bouquin The Philosophy of Andy Warhol (From A to B and Back Again). Le pape du pop art était-il visionnaire ? Chez DDPC, spécialiste des demandes de permis de construire, nous nous sommes penchés sur le sujet. Car cette vision, c’est précisément ce que l’on constate aujourd’hui dans bon nombre de pays. Parmi eux, le Japon, la Chine, les États-Unis mais aussi à l’Angleterre et la France. À Cagnes-sur-Mer (Alpes-Maritimes), l’art a fait son entrée au pays de la consommation à Polygone Riviera, une surface de 70 000 m² à ciel ouvert. Une manière relativement nouvelle de rendre accessible la culture en la glissant, mine de rien, dans le quotidien.

Unibail-Rodamco | Polygone Riviera | Cagnes sur Mer from Kreaction on Vimeo.

Polygone Riviera, musée à ciel ouvert

Depuis son ouverture, en octobre 2015, le centre commercial Polygone Riviera propose de l’inédit. Du Zara, du H&M, du Primark et de l’Uniqlo mêlés à du Ben, du César, du Céleste du Boursier-Mougenot, du Daniel Buren, Pascale Marthine Tayou ou encore du Jean-Michel Othoniel dans un extérieur travaillé. Sans compter que durant l’été, la Fondation Maeght avait prêté cinq sculptures de Joan Mirò.

Acquise pour trois millions d’euros, la collection pérenne est intitulée « Format paysage ». « À Polygone Riviera, cette approche culturelle s’inscrit dans la continuité de l’histoire de la région, terre d’accueil d’artistes depuis le début du XXe siècle », explique Jérôme Sans, ancien directeur du Palais de Tokyo à Paris et directeur artistique à Polygone Riviera. Plus largement, cela s’inscrit dans une mouvance internationale : les galeries marchandes se réinventent pour devenir des lieux de vie et proposer de nouvelles expériences au consommateur. Cette démarche va dans le sens d’une démocratisation de la culture, afin de toucher des publics qui ne franchiraient pas la porte d’un musée.

C’est, entre autres, l’objet de la mission « Musées du XXIe siècle » portée par Audrey Azoulay, ministre de la Culture et de la Communication. En substance, il s’agit d’une réflexion associant l’ensemble des musées de France pour définir ce que pourrait être le musée du XXIe siècle. Au centre du questionnement se posent les questions de l’adaptation aux enjeux de l’éducation artistique et de la diversification des publics, de la mondialisation ou encore de la transition numérique et de l’insertion dans l’univers économique.

Le musée, un élément du quotidien

Au-delà d’être un passeur de mémoire et un vecteur d’émotion esthétique, « l’art est une formidable opportunité pour rassembler dans un même lieu des personnes qui ont des opinions politiques, des religions, des origines, des métiers différents », relate Achim Borchardt-Hume, directeur des expositions de la Tate Modern, musée d’art contemporain de Londres, l’un des plus populaires au monde. Depuis le 17 juin, il accueille lui aussi des restaurants, des galeries, ainsi qu’une grande passerelle – sorte de rue – qui permet au public de se balader de part en part, comme on le fait dans un centre commercial. « Le musée va devenir un élément du quotidien des habitants qui pourront y passer quand ils vont travailler. Nous voulons qu’il soit une partie de la ville, un espace public à part entière », précise Achim Borchardt-Hume.

L’art et la consommation s’ouvrent l’un à l’autre pour se glisser ensemble dans les habitudes des individus, quels qu’ils soient. La tendance actuelle nous incite à faire du shopping comme on visite une exposition, et inversement. On y flâne, on y déjeune, on s’y cultive. On dépense, on se rencontre. Unibail-Rodamco (groupe européen spécialisé dans les centres commerciaux des grandes villes), co-propriétaire de Polygone Riviera avec Socri, appelle cela les « social places ».

Et Polygone Riviera est loin d’être le premier centre français à épouser cette mouvance. En 2015, le centre commercial parisien Beaugrenelle a intégré officiellement le parcours de la Foire internationale d’art contemporain (Fiac). De son côté, Le Bon Marché a réussi un joli coup cet hiver en hébergeant, pour la première fois en France, une exposition du Chinois Ai Weiwei. Quant aux Galeries Lafayette, elles ont lancé leur 8e édition des Vitrines sur l’art, en juillet. Sans compter qu’en 2024, EuropaCity devrait voir le jour dans le Val d’Oise (région Île-de-France). Inclus dans le projet de Grand Paris, ce complexe serait un sacré mélange de loisirs, de boutiques et d’équipements culturels qui s’inscrit parfaitement dans la démarche expliquée ci-avant.

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